Les régions et les villes sont au cœur de la compétitivité de l’Europe, en tant que moteurs essentiels de l’innovation, de l’industrie et de la croissance. Lors de la session plénière du Comité…
Vous êtes le rapporteur du Comité européen des régions (CdR) pour l’avis sur le futur cadre financier pluriannuel, qui a été adopté il y a quelques jours par la commission COTER et qui sera présenté à la plénière du CdR en mars 2026. Pouvez-vous résumer les trois principaux messages de l’avis?
Mon avis se fonde sur diverses discussions et retours d’information tenus au CdR avec des dirigeants locaux et régionaux ainsi que des parties prenantes clés. Nous pensons que:
· La politique de cohésion doit rester l'épine dorsale de la solidarité européenne, fondée sur le partenariat et la subsidiarité. Les collectivités locales et régionales doivent jouer un rôle décisif dans la planification et la mise en œuvre des investissements.
· Le CFP doit garantir un financement stable et prévisible, en particulier pour la cohésion, et renforcer la capacité de l’UE à relever de nouveaux défis sans affaiblir les fonds gérés conjointement.
· Il est essentiel d’adopter une approche territorialisée forte et axée sur les performances, en reconnaissant les atouts régionaux, en préservant la démocratie locale et en veillant à ce que la simplification et la flexibilité n’écartent pas les collectivités locales et ne compromettent pas la stratégie d’investissement à long terme de l’Europe. L'Europe a besoin de tous les moteurs en action.
Quelle est votre appréciation de la lettre écrite par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans laquelle elle semble disposée à modifier légèrement la proposition initiale de CFP?
Je salue l’ouverture de la présidente de la Commission à adapter la proposition initiale de CFP. Cette évolution tient compte des préoccupations exprimées par les régions et les villes. Toutefois, le texte révisé reste insuffisant: elle ne prévoit pas de budget cantonné pour toutes les catégories de régions et ne garantit pas non plus une politique de cohésion autonome fondée sur les traités.
L’obligation pour les États membres de justifier toute réduction inférieure à 25 % pour les régions plus développées et en transition est un pas dans la bonne direction, car elle confirme que la cohésion doit être assurée dans toute l’Europe.
Les négociations entre les colégislateurs – le Parlement européen et le Conseil de l’UE – ne font que commencer. Le CdR restera pleinement engagé pour faire en sorte que l’accord final renforce la cohésion en tant qu’outil essentiel pour la compétitivité, la défense et une transition équitable, ainsi que pour améliorer la vie quotidienne des citoyens.
Vous étiez membre du groupe d’experts nommés par la Commission européenne (au cours du mandat précédent) pour réfléchir à l’avenir de cette politique. Voyez-vous une des propositions présentées par ce groupe d’experts il y a un an reflétée dans la proposition de CFP de la Commission?
En tant que membre de ce groupe d’experts, je reconnais plusieurs de nos idées dans la proposition de la Commission: réaffirmer que la cohésion est au cœur de la solidarité européenne, mettre davantage l’accent sur la flexibilité et comprendre que la compétitivité, la sécurité et la transition écologique dépendent toutes d’investissements à long terme dans nos régions et nos villes.
Toutefois, certains éléments importants font toujours défaut. Nous avons plaidé en faveur d’une politique de cohésion distincte, fondée sur des traités, dotée d’un budget protégé, d’un principe clair consistant à «ne pas nuire à la cohésion» et d’une gouvernance à plusieurs niveaux contraignante, afin que l’expertise régionale façonne véritablement les investissements de l’UE.
Les plans de partenariat nationaux et régionaux proposés et le risque de renationalisation vont à l'encontre de cet esprit. Ainsi, bien qu’il y ait une continuité dans nos travaux, nous devons améliorer la proposition au cours des négociations afin d’atteindre le niveau d’ambition requis pour construire une Europe véritablement partagée et résiliente.
Jusqu’à présent, le Parlement européen semble tout à fait en phase avec les préoccupations des villes et des régions. Certains députés européens de premier plan étaient aux côtés des membres de l’Alliance pour la cohésion le jour de la manifestation publique à laquelle vous avez également participé. Êtes-vous en contact avec eux? Comment travaillez-vous avec les députés européens?
Le Parlement européen a été un allié solide pour les régions et les villes, et je tiens à remercier nos partenaires, en particulier le groupe PPE et S&D, pour les améliorations importantes déjà réalisées. Plus tôt cette année, avant la publication de la proposition, j'ai discuté de diverses questions avec des députés influents du groupe PPE au sein du groupe de travail sur le budget et les politiques structurelles. Depuis lors, j'ai poursuivi le dialogue dans différents formats et réunions, y compris lors d'une audition publique au sein de la commission du développement régional (REGI).
Je suis également en contact régulier avec les dirigeants nationaux, tant au gouvernement que dans l'opposition. Dans les mois à venir, le Parlement et le Conseil seront des partenaires clés. Je travaillerai en étroite collaboration avec eux pour veiller à ce que la législation finale reflète les besoins de l’Europe, car ce budget ne se limite pas à des chiffres. Il s'agit de la démocratie, de la prise de décision locale et de la qualité de vie quotidienne de nos citoyens. L'avenir de l'Europe a besoin de toutes les régions et de toutes les villes.